Ce que je pense de la semaine de quatre jours

J’ai écrit dans Pierre de Lune, un roman enfants qui me tient très à cœur, que la créativité doit appartenir à tous, quel que soit le talent et la notoriété de celui qui en dispose. La créativité est essentielle à nos sociétés, car elle porte en elle un message. Un message d’humilité, de liberté, ainsi que le sens du travail et de la rigueur. Tous sans exception doivent s’en saisir. Selon moi plus une société est créative, plus elle est libre, et plus les individus qui la composent sont riches et fier d’être eux même. Le vivre ensemble est une force, la différence aussi. Quand on est fier d’être différent, on tend la main plus facilement et plus naturellement, car on n’a plus peur d’être humain.

J’ai écrit dans Enfants de Gaïa, et je le pense, que la culture et la créativité que nous expérimentons tous les jours nous donnent les clés de notre avenir, dans ses moments heureux comme ses moments tragiques. Chaque petit bout de culture, chaque petit bout de matière artistique bâtit la société que nous deviendrons demain. La créativité enrichit notre avenir de souvenirs heureux qui nous porteront vers l’avenir.

Tout ça est bien joli, mais pour créer, des livres, de la musique, du cinéma, des tableaux, de la cuisine ou tout ce qui nous passe par la tête, il faut en avoir le temps et avoir l’esprit suffisamment libéré. A ce propos, n’hésitez pas à cliquer sur play.

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Mini Atelier d’écriture pour raconter des histoires à vos enfants.

Dans Angèle, j’ai imaginé un avenir où les ressources de notre planète s’amenuisant à force de réchauffement climatique, la société serait divisée entre esclaves et individus libres, les uns supportant l’économie et l’autre bénéficiant du privilège de pouvoir penser et créer. Cela de façon à ce que seule une petite partie de la société puisse consommer et faire le choix de son avenir, et que la majorité soit tellement occupée à produire, que les ressources de notre planète ne sont utilisées que par une partie infime de la population.

Nous devons absolument éviter cet avenir dramatique. C’est pour cela que je suis profondément en faveur de la semaine de quatre jours de travail. Avoir une journée de libre dans la semaine, sans avoir à s’occuper du travail ou même des enfants, permettrait de libérer de l’espace pour créer des choses et affirmer sa voix. Au-delà des politiques publiques de soutien aux artistes, je défend l’idée que tout le monde sans exception doit avoir le temps et la légitimité pour exprimer sa créativité, affirmer sa voix et son unicité.

La culture, la création, au-delà de rendre la vie plus jolie et les gens plus humains, nous arme également face aux dérives totalitaires. Créer nous interdit de nous comparer aux autres, et de rentrer dans un moule ou une case dévastatrice. Dans un régime totalitaire, la création disparait au profit de la standardisation et à la peur de l’autre. Ce danger est accru par les réseaux sociaux. Être tous identiques est plus grand risque que nous puissions courir et imposer aux générations à venir.

La  semaine de quatre jours de travail, non seulement ne nous rendra pas moins productifs, mais elle porte une richesse plus grande encore que celle du portefeuille. Notre société y gagnera en identité, en citoyenneté, et en fierté d’une nation qui nous le rendra.

Un autre point que je considère comme important, est qu’en France nous avons une vision élitiste de la créativité, qui intimide et culpabilise, bridant ainsi les tempéraments créatifs. Quand on écrit un livre, on attend qu’il fasse un succès commercial plutôt que d’en écrire un autre. Personne ne doit se sentir exclus du processus créatif. Dans les pays anglo-saxons, et je pense ici à nos amis britanniques, écossais et irlandais par exemple, la culture est vécue différemment. Leur avantage : la culture des pubs, et l’absence de scrupules à demander d’être rémunéré ou de se produire devant un public pas toujours bienveillant.

L’élitisme de notre culture artistique nous décourage de prendre le temps de faire nos preuves, et fait passer la création pour un privilège de riche. Plus grave encore, ceux qui s’autorisent à créer sont soit ceux qui doutent le moins d’eux-mêmes, et ce ne sont pas toujours eux qui ont le plus de message à porter, soit ceux qui une fois qu’ils sont entrés dans la voix créative, ne rêvent que de faire fortune pour ne plus faire que créer. Au lieu de ça, je préfère penser la créativité à la fois comme un risque à courir, une rigueur nécessaire, autant que qu’une béquille et un ami précieux qui vous accompagnent partout.

Et pour garder ses amis, il faut leur accorder du temps.